• Le grand-père

     


     « C'est trop tard mademoiselle, c'est trop tard ! » venait de s'écrier l'employé de gare, suivant du regard la grande silhouette brune et élancée qui courait le long du quai. Malgré cet avertissement, la jeune femme sauta dans le train, juste avant que les portes ne se referment. C'était le dernier de la journée, et Aurélie ne pouvait pas se permettre de le rater. Tandis que le train s'ébranlait, elle s'adossa à la porte et ferma les yeux, en s'efforçant de retrouver une respiration normale. Elle pensa à la journée qui venait de s'écouler et qu'elle n'oublierait pas de sitôt.


    Tout avait pourtant bien commencé : une promesse d'augmentation par le président, et un délicieux déjeuner en tête-à-tête avec Stéphane, la nouvelle vedette du club de football dont elle était l'attachée de presse. C'est en rentrant du bureau qu'elle avait entendu à la radio l'annonce de la disparition d'André Marchal, acteur et figure historique du cinéma français, et, accessoirement, son grand-père. Bouleversée, elle avait téléphoné à sa mère qui lui avait confirmé le drame. Une heure plus tard, elle était dans le train, direction Périgueux.


    Après avoir retrouvé ses esprits, Aurélie dénicha une place assise à côté d'un vieux monsieur aux cheveux blancs et aux traits tirés. Il lui rappelait son grand-père, et à cette pensée Aurélie sentit des larmes lui picoter les yeux. Même si à cause de son succès il était rarement à la grande maison familiale (où la mère d'Aurélie vivait aussi), elle le chérissait. La jeune femme ne connaissait pas son père, et n'en avait jamais entendu parler. Elle avait pourtant questionné sa mère à ce sujet, sans obtenir la moindre réponse. Pire, après avoir abordé ce sujet, sa mère refusait de lui adresser la parole plusieurs jours durant. Lassée, Aurélie s'était petit à petit éloigné de cette mère trop froide, trop distante, trop secrète. Celui qui l'avait élevée, c'était lui, son grand-père.


    Exténuée, Aurélie ferma les yeux en essayant de trouver le sommeil. Mais ses pensées allaient sans cesse à son grand-père, puis à sa mère. Elle lui avait reparlé au téléphone cet après-midi pour la première fois depuis des années. Quelle attitude adopter envers elle, maintenant qu'IL n'était plus là ? Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était l'étrange ton laconique avec lequel lui avait répondu sa mère, tout à l'heure au téléphone. Elle est peut-être droguée aux médicaments, essayait de se convaincre Aurélie, pour chasser de son esprit que la mort de son propre père n'affectait peut-être pas sa mère...


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