• Du rififi au Palais Bourbon

    Redescendu sur terre, après trois jours passés dans les nuages, et un déjeuner sympa chez la famille Parasie, je me retrouve d'un coup confronté à la solitude, en attendant le retour des chères soeurs, qui, pour une fois, risque de me faire plaisir...

    Que fais un être humain de nos jours lorsqu'il est confronté à ce genre de solitude ? Il allume la télé. Oui, j'en ai honte. Mais cela faisait si longtemps... Je suis alors tombé sur le début des questions au gouvernement de l'Assemblée Nationale. Amateur de sensations fortes, j'ai fais le choix de passer une heure à écouter nos chers élus s'entre-déchirer, en souvenir du bon vieux temps. Un grand moment de politique - et de télévisions...

    Le débat fait rage depuis déjà un quart d'heure. Le Parti Socialiste, particulièrement déchainé, ne cesse d'interpeller Dominique De Villepin à propos du retard pris par Airbus dans la construction de l'A380 (et cause de l'effondrement du cours de l'action d'EADS, dont Airbus est une filiale) et les soupçons de délit d'initié concernant Noël Forgeard (patron d'EADS, nommé par le gouvernement, et qui a revendu ses actions et stock-options quelques mois avant cet effondrement), ainsi que le millier de licenciements prévu par la même EADS à Mérignac, sujet récurrent depuis quelques semaines. Bref, une actualité chaude, alors que les séquelles de Clarstream sont encore visibles.

    C'est alors que vient au tour de François Hollande de poser sa question au premier ministre. Le président du PS, en préambule à sa question, annonce à Villepin qu'il a perdu la confiance de la presse, d'une partie de sa majorité, et, finalement, de la majorité des français. Et qu'il était impensable de continuer à gouverner dans ces conditions. Avant d'aborder les questions des dérives d'EADS. La caméra s'attarde sur Dominique De Villepin, visiblement agacé. Une fois la question de Hollande terminée, le premier ministre se lève. C'est sa première intervention de la séance, le silence se fait dans l'hémicycle...

    "Monsieur Hollande, il est un temps en démocratie, où il ne faut pas confondre les chous et les carottes". Entrée en matière calme et posée de Villepin. Mais haussant le ton, il rappelle, malgré les réactions violentes de l'opposition, que c'est le gouvernement Jospin qui a défini le statut de l'Etat dans l'actionnariat d'EADS, et que la faute est imputable à la gauche si aujourd'hui EADS semble incontrolable. Haussant encore le ton, Dominique De Villepin ajoute:

    "Et je regrette aujourd'hui, monsieur Hollande, l'irresponsabilité dont vous faites preuves !" Sous les huées de l'opposition et les applaudissements de la majorité, le premier ministre continue, droit, fixant d'un regard noir le président socialiste: "regardez-moi, monsieur Hollande, regardez-moi comme je vous regarde ! Je regrette aujourd'hui la lâcheté dont vous faîtes preuves !"

    Dominique De Villepin est alors interrompu par une immense clameur venue des rangs de l'opposition. Tout les députés socialistes se sont levés d'un coup, en criant et invectivant violemment le premier ministre. Certains se dirigent même vers lui, avant que les huissiers ne s'interposent physiquement entre Villepin et ses opposants. Toute l'opposition est debout, et fait mine de quitter la salle pendant que De Villepin finit son discours. Mais, réclamant la suspension de la séance, les socialistes refusent de quitter la salle et organisent un "sit-in" en bas de l'émicycle. Dans un indescriptible brouhaha, Jean-Louise Debré, président de l'Assemblée Nationale, tente de faire continuer tant bien que mal la séance... Mais en vain. Quelques minutes plus tard, devant le côté inextricable de la situation, il proclame la suspension de la séance...

    Ah, la magie du direct ! Un grand moment de politique. Et de télévision. Content d'en avoir été témoin.

     

    Au moins, je ne dirais plus jamais que c'était le bordel en éco cette année.

    Nico


  • Commentaires

    1
    Tschok
    Mardi 20 Juin 2006 à 17:34
    C'est dans l'air du temps
    tout le monde s'engueule en ce moment. Ca passera...
    2
    Th95
    Jeudi 2 Novembre 2006 à 15:32
    Ah...
    Nos chers hommes politiques !!!
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